Grand débat de l’IFA : Démocratie et liberté

Vendredi 14 octobre, une vingtaine d’élèves de classes de 1ères et Terminales du lycée accompagnés de leurs professeurs de philosophie ont participé au Grand débat organisé à l’IFA. Comment s’articulent liberté et démocratie ? Cette dernière ne dégénère-t-elle pas en démagogie quand sont empêchées la liberté de penser, de critiquer, de douter ? Qu’arrive-t-il quand dominent la peur, la force, l’ignorance et les préjugés ? Comment concilier la politique et la raison ? Autant d’aspects de la question débattus par les invités, -, Boris Cyrulnik, Maâti Monjib,  Mohammed  Charef  et Yvan Droumaguet.-  qui puisent leurs racines dans l’histoire et rejoignent l’actualité de manière brûlante !

Une séance stimulante pour tous où la question de l’ouverture à l’autre s’est invitée en filigrane avec force.

Le point de vue d’une élève : « Le débat auquel nous avons assisté s’inscrivait dans la continuité du cours de philosophie, qui traite de l’Etat et des libertés qui lui sont propres. La question abordée était très paradoxale à premier abord : la démocratie affirme par définition, la liberté d’un peuple maître de son destin. Cependant, l’égalité devient tyrannie du nombre quand dominent les préjugés et les passions. Alors, pas de liberté sans démocratie ? L’intervention qui m’a parue la plus précise et concise était celle de Boris Cyrulnik, psychiatre et psychanalyste français qui a largement contribué à faire reconnaître cette discipline, la seule qui permet selon lui de comprendre l’humain. Alors, son discours m’a paru le plus intéressant, parce qu’il avait une vision de l’intérieur de l’homme au sein de la communauté, contrairement aux autres spécialistes plus basés sur des observations « extérieures » (histoire de la vie politique, géographie, urbanisme…) qui me paraissaient un peu superficielles.

Selon lui, la question devait être formulée autrement : il se demande alors pourquoi tant de dictatures ont été élues démocratiquement. Il essaie d’expliquer ce phénomène de la façon la plus claire possible, en éliminant le trop-plein d’informations qui conduisent à la confusion. La société, selon ses dires, est confrontée à un choix difficile : est-il nécessaire de penser ? La liberté est vécue comme une notion angoissante, puisque quand on est libre, il y a possibilité de se tromper (ainsi, la notion du doute est intrinsèquement liée à celle de la liberté), mais cela est fatigant car il faut se documenter, lire, voyager, en se décentrant de soi pour avoir une meilleure vision d’ensemble. Or, nous savons très bien que le fait de se décentrer est exténuant, sachant qu’il faut constamment se remettre en question, en laissant sa fierté de côté. On pourrait supposer que 50% des personnes font ce travail de réflexion, tandis que le reste est angoissé par cette recherche sans relâche de la vérité et se contentent d’une seule (considérée comme unique vérité par ces mêmes individus).Ces mêmes individus ont alors un langage totalitaire, qui se doit d’être reconnu par tous (sous peine de conflit, voire de mort).

Cependant, Boris Cyrulnik ne condamne pas la restriction, bien au contraire : selon ses dires, l’interdit est structurant, dans la mesure où il propose une conduite à tenir et impose un cadre qui fait que l’on ne peut pas tout se permettre : si une telle restriction avait existé dans les années 20 en Allemagne, qui était alors le pays le plus cultivé d’Europe, elle n’aurait peut-être pas eu une si malheureuse succession d’événements. En effet, si l’on se permet tout, alors la loi qui régit les interactions humaines est celle du « plus fort », et cela n’est pas souhaitable. Il s’agit alors de trouver un compromis entre le doute (comme dans la démocratie, mais qui entraînerait potentiellement une confusion totale) et la certitude (comme dans un totalitarisme, où l’on n’a ni le droit de juger, ni le droit de penser par soi-même). Et pour cela, les artistes et les psychologues doivent éclairer le reste de la société : ce sont les ennemis de longue date du totalitarisme, puisque leur devoir est de mettre en scène les problèmes de la cité  et de comprendre l’humain, respectivement.

Ainsi, cette conférence m’a permis de nuancer mon rapport à la démocratie : il ne s’agit certainement pas d’un régime politique parfait, mais elle demeure tout de même la meilleure option dont nous disposons aujourd’hui pour combattre la pétrification sociale, tant que cette démocratie ait des limites. La conférence fut donc, comme vous pouvez l’observer, très enrichissante et le débat fut fécond, il est à noter néanmoins que nous avons eu droit à quelques digressions qui pouvaient perdre un spectateur sans bases en la matière. Je remercie MmeGontard, Mme Coissac et spécialement Mme. Petitjean de nous avoir permis d’assister à ce débat et de nous avoir introduits à la notion de politique avant cette conférence, sans laquelle je n’aurais peut-être pas pu comprendre une grande partie des concepts évoqués.  » Salwa Tabet Gonzales, TSA

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